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Une rencontre un matin de Noël

 

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Il faisait un froid glacial et sec. 

Aucun nuage dans le ciel bleu et le soleil était presque aveuglant.

Il faisait calme ce matin dans le parc, personne à l’horizon. 

 

D’habitude, elle rencontrait d’autres joggeurs mais en ce matin de Noël, elle devait être la seule à sortir par ce froid. Son souffle chaud se dispersait en buée. Elle arriva au bord du plan d’eau, et s’arrêta comme d’habitude prés du banc où elle faisait chaque jour ses étirements, avant de reprendre le chemin vers la sortie. 

C’est là qu’elle le vit, couché sur le banc.

Il était tourné sur son côté droit, les bras croisés et les mains sous les aisselles, pour avoir moins froid sans doute.

Elle ne voyait pas son visage, car il lui tournait le dos.

Elle était surprise, choquée, ne sachant quoi faire. 

Etait-il endormi ? Mort peut-être.. 

Elle n’osait pas le toucher. « Monsieur ? Monsieur ? » 

Pas de réaction.

Elle regarda autour d’elle, espérant voir quelqu’un qui prendrait le relais et saurait quoi faire.

Elle se sentit perdue, incapable de réagir. C’était comme un grand vide en elle. 

 

Elle n’avait jamais été dans une telle situation, seule face à quelqu’un qui semblait avoir besoin d’aide.

Elle n’avait aucun scénario auquel se raccrocher.

Quand on parlait à la télévision des SDF ou des gens dans la rue, elle zappait, cela ne la concernait pas.

Elle ne voulait pas savoir. Après tout c’était le problème des autorités. C’est triste mais ça ne devrait tout simplement pas exister. 

 

Mais là, face à cet homme couché sur ce banc, dans le froid glacial, difficile de zapper, de faire comme si cela n’existait pas. Partir comme si de rien n’était, pas vu pas pris, faire semblant, elle se rendit compte qu’elle ne pouvait pas.

Elle se découvrit une conscience.

 

Monsieur ? Elle mit sa main sur son épaule et le secoua doucement. 


 A l’instant même où elle posa sa main sur son épaule, elle sentit comme une vibration et la lumière se fit plus intense.

Son corps se mit à vibrer et se découpa en millions de petites pièces comme les pixels d’une image. Ces petits bouts d’images colorées, qui formaient son corps une seconde avant, s’envolèrent dans un bruissement d’ailes, comme l’envolée d’un groupe d’oiseaux migrateurs.

Elle suivit des yeux la nuée qui s’échappait vers le ciel et disparaissait derrière les arbres. 

 

En un instant, l’homme s’était évanoui.

Le banc était vide.

Elle resta bouché bée, immobile pendant un long instant.

Silence. Froid. Rien ne bougeait. Personne.

 

Elle sortit du Parc et prit la direction de son appartement. Elle habitait à deux rues de là. 

Aucune voiture. Aucun passant.  Elle se demanda si c’était toujours aussi calme un 25 décembre.

Tout lui semblait étrange. Elle avait l’impression d’être hyper éveillée, tous les sens en alerte. 

Elle écoutait et regardait autour d’elle comme jamais auparavant.

Comme si elle s’éveillait d’un très long sommeil. 

En même temps, n’était-elle pas en train de rêver ?

Que c’était-il passé dans le parc ce matin ? 

Comme avec sa télécommande, elle avait zappé l’image de cet homme étendu sur le banc et il avait disparu de sa vue.

Cependant, cette fois-ci, elle l’avait bien vu et ne pouvait s’empêcher de penser à lui.

Elle prit une douche rapide bien chaude. Une fois habillée, elle se fit un bol de céréales, se laissa tomber dans le canapé et alluma la télévision. Après tout, le 25 il n’y a rien d’autre à faire que de ne rien faire. Personne à visiter ni à inviter. Elle ouvrit Netflix et se mit à chercher un film qui lui plairait. Tous les films de Noël la barbaient, elle préférait se trouver un bon thriller. Elle cliqua sur la bande-annonce d’un nouveau film.

Il apparut devant elle, à l’écran. 

Elle reconnut l’homme de ce matin, celui sur le banc, couché, lui tournant le dos. 

Elle poussa un bref cri de surprise. 

Elle voulut zapper mais l’image ne partait pas.

Au contraire, elle le vit bouger et se retourner vers elle, se redresser et s’asseoir sur le banc, ce même banc dans le parc à deux rues de chez elle où elle allait courir tous les matins.

Il la regardait dans les yeux, intensément. 

Elle recula instinctivement, comme si elle craignait qu’il ne sorte de la télévision. 

« Mais qu’est ce que c’est ce truc ? Vous êtes qui ? Qu’est ce que vous faites dans ma télévision ? »

« Chut, tout va bien, ne t’inquiète pas. »

« Qu’est-ce que vous me voulez ? »

« Tu ne me reconnais pas ? »

« Non. Je devrais ? Vous êtes qui ? »

Il souriait.

« Nous nous sommes rencontrés dans le parc ce matin »

« Oui je vous reconnais, mais ça ne me dit pas qui vous êtes. »

Elle ne comprenait rien. 

« Qu’est-ce que que vous me voulez? »

« Te faire un cadeau. C’est Noël, n’oublie pas »

Elle ne dit rien, prête à se lever d’un bond et partir.

« N’aie pas peur. » 

Il fit un geste de la main comme s’il balayait l’air devant lui et elle sentit comme une onde qui la traversait. 

 


Elle se réveilla, complètement frigorifiée. Elle arrivait à peine à bouger.

« Madame ! Madame ! Réveillez vous ! »

Un homme la secouait par l’épaule. 

Elle était couchée sur un banc. Il l’aida à se redresser et à s’asseoir.

« Madame, vous ne pouvez pas rester là, il fait trop froid. Vous avez un endroit où loger ? »

Elle le reconnut. 

Le regard hébété, elle scruta son visage. 

C’était bien le même homme qu’elle avait vu dans son écran de télévision. 

Elle regarda autour d’elle. C’était ce même banc, dans ce même parc. Avec ce même homme.

Mais c’était elle qui avait besoin d’aide. 

« J’habite à deux rues d’ici »

« Je vais vous y conduire » 

« C’est gentil »

Il lui mit son écharpe autour du cou et l’aida à marcher jusqu’à son immeuble. 

Elle n’avait pas de clé sur elle et il lui demanda où il fallait sonner. 

Elle donna son nom et il pressa le bouton de la sonnette. 

Elle se dit que cela ne servait à rien, elle habitait seule.

Une voix féminine répondit. 

Il expliqua qu’il ramenait « votre prénom ? » 

Un silence se fit au parlophone, on raccrocha le combiné. Il entendit une fenêtre s’ouvrir et regarda vers les étages. Un couple sur le balcon regardait vers la rue et sembla surpris et agité.

Quelques instants plus tard, on entendit quelqu’un qui descendait des escaliers, la porte de l’immeuble s’ouvrit.

« Mon Dieu, ma chérie ! J’étais si inquiète » et elle prit sa fille dans les bras.

« Venez Monsieur, rentrez, vous êtes son compagnon ? Venez, montez, vous allez tout m’expliquer.

Non, ne partez pas, c’est Noël ! 

 

 

*** FIN ***

@laurence legrand - tous droits réservés

@crédit photo Alain Favre 

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