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s'aimer au-delà du silence


Au cours de l'écriture de mon roman, et pour mieux cerner mes personnages, je les fais parler les uns à propos des autres. Ces histoires courtes ne feront sans doute pas partie du texte final mais elle me permettent de voir ce qui m’anime au plus profond de moi. Tout comme dans Cheveu Blanc, le thème de la réconciliation fait partie de mes gênes : réconciliation familiale, amoureuse ou intérieure. Dans ‘le colis’ aussi, il sera question de réconciliation familiale, par delà le temps. En attendant de vous livrer mon “colis”, je vous livre cette histoire en espérant qu'elle vous touche


Curieux de savoir comment un cheveu blanc mène à la réconciliation ?

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Il avait envie de l'emmener hors de la maison, qu'elle sorte, qu'elle bouge, qu'elle cesse de dormir, qu'elle pense à autre chose, qu’elle oublie. Ça faisait trop longtemps.

 

Il avait été gentil, patient, compréhensif, serviable

Mais là, cela ne lui rendait plus service

Et si son attitude l’avait en réalité empêchée de se battre, si sa douceur l’avait figée dans sa douleur. Elle aurait peut-être du être secouée, confrontée.  Pour qu’elle réagisse, qu’elle reste vivante. 

 

 

 

 

crédit photo : Yogendra Singh on Pixabay

Pour lui, c'est un peu comme si elle était morte, éteinte.

 Il la sentait prise dans un cercle vicieux.  Il la sentait prise dans un piège – le piège de ses propres pensées. Peut-on sortir de ses pensées ? de son tourbillon intérieur ?

 

En même temps, à dire la vérité, elle ne disait rien ou pas grand chose. il ne faisait que deviner qu'elle souffrait. Elle était gentille, pas un mot plus haut que l'autre. Elle évitait tout conflit.

il aimait ça, car lui-même évitait tout conflit. Il ne supportait pas les disputes.

 

Il adorait le silence. Depuis quand ? Depuis toujours

Le silence. Comme un baume sur une cicatrice.

Ne pas parler de ce qui fait mal. Ne pas évoquer la douleur.

On ne peut quand même rien changer à ce qui s'est passé. On ne change pas les événements. On vit avec.  Et en parler, à quoi ça servirait ?

 

Quand son père est mort, on n'en a pas parlé. Sa mère s’est tue, comme un accord tacite. On n'en parle pas, cela ne sert à rien. La vie continue.

 

La vie continue… Est-ce bien vrai ?

Il avait le sentiment que c'est la mort qui continue. C'est la mort qui continue à faire son œuvre et qui empêche la vie de continuer. Pouvait-il dire qu'il était lui-même en vie ? 

Elle aussi semblait comme éteinte, morte.

 

Les jours passent et défilent. Et il ne se passe rien.

Et même quand la vie frappe à la porte, la mort n'est pas loin et vient tout emporter. A quoi bon essayer ?

Pourtant il n'avait pas envie de mourir, il n'avait jamais eu d'idées suicidaires. Ce qui le retenait ici, c'était de pouvoir être là près d’elle, tout simplement sans tralala ni grand discours, sans but à atteindre, avec juste assez d’espoir qu’elle s’éveille.

 

Il l’avait rencontrée par hasard, pour autant que le hasard existe. Il l’avait sentie comme un oiseau tombé du nid. Et il n'avait plus eu envie de la quitter. Il devait la protéger. De quoi ? Il ne savait pas.

Il n'était pas très doué pour les grands discours

 

Il avait trouvé cette petite maison en location, demandé si elle voulait emménager avec lui.

Elle avait dit oui sans poser de questions et avait pris sa valise et ses deux sacs.

Il n'avait pas de plan pour l'avenir. Il avait le sentiment d'avoir fait ce qu'il fallait, comme une évidence.

 

Il ne savait pas trop si il l’aimait. Il se voyait en elle. En prenant soin d’elle, il prenait soin de lui-même.

Ils s'étaient embrassés peu souvent et quand il sentait l'envie monter en lui et son sexe se durcir, il était un peu désemparé car il ne voulait pas qu'elle prenne peur. Elle semblait fragile. Elle semblait se recroqueviller sur elle-même quand le baiser devenait un peu plus insistant, alors il n’allait pas plus loin. Il voulait la respecter. Juste la prendre dans ses bras, sans un mot, présent, dans le silence, sans attente, pris dans une sorte de brouillard où il finissait pas s’endormir.

 

Le lendemain, il se disait à nouveau qu’il faudrait qu’elle sorte, qu’elle bouge, et le même questionnement envahissait son esprit, encore et encore.

 

Puis un jour, il ne la vit pas au réveil. Elle était partie. Elle avait pris sa valise et ses deux sacs.

Il sentit un déchirement dans sa poitrine et gémit d’une longue plainte. Il fut étonné de ce cri qui sortait de sa bouche. Le silence était devenu son refuge. Depuis longtemps, les mots se bousculaient dans sa tête mais se fracassaient dans sa gorge avant de mourir et de renaître dans ses pensées, inlassablement. Ce cri qui sortait de sa gorge, là maintenant, lui fit peur et en même temps, il sentit comme un soulagement.

 

Je ne suis pas mort, je suis vivant. Il eut envie de hurler et il hurla. Sa voix résonnait contre les murs.

Bientôt, il sentit un rire venir de manière saccadée, comme s’il n’osait pas sortir. Rire, peut-on rire quand on a vécu tant de malheur ? A-t-on ce droit ?

Mais oui, mais oui, bien sûr ! Il ne pouvait contenir cette joie qui venait du plus profond de son être.

 

Elle était partie mais elle avait emmené avec elle toute la tristesse qu’ils avaient partagée ensemble sans en parler. Elle était partie et il se sentit libéré. Pourtant il l’aimait. Il aimait son regard mélancolique, sa souffrance noble, qui invitait au respect et au silence, cette souffrance qu’aucun mot n’aurait pu décrire. Pour rien au monde il n’aurait voulu qu’elle parte ni la quitter. Elle faisait partie de lui. Cette souffrance, c'était la sienne. Il ne pouvait pas la quitter, s’en débarrasser. Pas volontairement.

 

Mais ce matin, il ne peut que constater qu’elle est partie. Elle a pris ses bagages.

Elle s’en est allée. 

 

Ce matin, il se sent léger, libéré. Il rit, il respire. La vie peut reprendre son cours. Il ne l’oubliera jamais 

Il voit tout ce temps passé qu’il ne peut rattraper, mais il ne regrette rien. 

 

"Je tenais à elle, je l’aimais vraiment

Elle me manquera, parfois, sans doute

Mais cette joie que je ressens est unique 

Je n’aurais jamais pu la ressentir sans elle

C’est grâce à elle que je sais d'où je viens, ce que j’ai traversé 

Quand elle reviendra, si elle revient, je saurai lui parler et lui montrer qu’il existe autre chose. 

elle m’écoutera et ensemble nous serons heureux. "

 

@Laurence Legrand - tous droits réservés


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Commentaires: 7
  • #1

    Bernadette (mardi, 25 janvier 2022 23:20)

    Très beau texte. Très humain tout simplement.

  • #2

    Henrard (mercredi, 26 janvier 2022 08:42)

    Très chouettes, j'aime lire des histoires courte

  • #3

    Lejeune Alain (mercredi, 26 janvier 2022 08:59)

    Bravo. Continue !

  • #4

    Marie- Christine (jeudi, 27 janvier 2022 10:07)

    J'aime beaucoup les histoires courtes. Et celles que j'ai lues pr le mmt renferment un message qui permet d'entrevoir un questionnement profond.�
    Merci �

  • #5

    Laurence Legrand Auteur (mardi, 01 février 2022 20:58)

    MERCI pour vos commentaires encourageants ! je confirme que mon questionnement vient du plus profond de moi, il s'agit d'interroger ce que l'on voit et prend pour la réalité..

  • #6

    Huguette Faes (lundi, 14 février 2022 12:17)

    Bien des choses me touchent dans ce très beau récit d'une grande profondeur. Le style de l'auteur nous permet de ressentir l'intensité des émotions que traverse son personnage et de celles qu'il devine chez sa compagne.
    "... ne pas parler de ce qui fait mal, éviter les disputes, ... il s'identifie à elle dans sa souffrance et prenant soin d'elle, il prend soin de lui" ! A réfléchir, pourquoi, comment? Quelle est l'importance de la parole ? Quand la jeune femme part sans un mot, emportant avec elle sa douleur, il hurle la sienne et son cri le libère!
    Pourquoi le hasard a-t-il permis à ces deux êtres de se rencontrer, qu'avaient-ils à apprendre de leur aventure?

  • #7

    Laurence Legrand Auteur (vendredi, 18 février 2022 18:44)

    @Huguette, merci pour ton commentaire. Je suis heureuse de lire que tu as été touchée par mon histoire. Le hasard nous veut toujours beaucoup de bien et l'épreuve agit ici par contraste. Et si l'apprentissage était de pas refuser la souffrance mais bien de l'accueillir pour s'en libérer ?