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Défi d'écriture de l'Avent - Jour 2


J'ai décidé de participer au calendrier de l'avent de l'écriture avec Marie-Adrienne Carrara du blog 'à propos d'écriture'. C'est la deuxième année que je m'y attelle et l'année dernière, je n'avais pas tenu jusqu'au bout...Cette année, je m'y engage ! et pour me motiver à tenir, je vous partagerai mes textes.


Vous pouvez lire ici le défi d'hier :  Défi de l'avent


 

Défi 2 -  l’œuvre d’art qui bouleverse la vie de son propriétaire

 

Vous connaissez Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde : Un jeune homme d’une très grande beauté, Dorian Gray, est peint par un ami artiste. Tandis que Dorian garde sa beauté d’adolescent, le tableau vieillit et change à sa place… L’œuvre d’art est maléfique.

 

Alors voilà ce défi : vous avez acheté une œuvre (tableau, vase et autres…), vous l’emportez et l’installez chez vous. Que se passe-t-il ?

 

1 / vous faites un récit réaliste : où accrocher le tableau, où poser le vase…  ?

Quelle influence a-t-il sur la vie de son acquéreur et celles des êtres qui la partagent ?

 

2 / Soit, puisque le thème s’y prête particulièrement, vous tentez le fantastique et créez chez le lecteur un délicieux frisson d’horreur !

 

Image par StockSnap de Pixabay 

 

C’était le jour de l’ouverture mensuelle des boutiques. Chaque mois, je mettais mes boules quiès et partais à la recherche de ce qui pourrait m’apporter un peu de réconfort et de paix.

 

Cela faisait deux heures que j’arpentais la rue qui avait gagné le droit d’ouvrir ses devantures pendant deux jours. La foule était dense, les cris fusaient, la nervosité était à son comble, les gens voulaient être les premiers, à l’affut de ce qui leur manquait, de ce qui les rendrait heureux un court instant. 

 

Mû par l’instinct, je rentrai dans la boutique de disques. Des parents s’y pressaient avec leur progéniture, à la recherche de contes musicaux et de quoi distraire leurs enfants tristes et désoeuvrés. Je me rendis au sous-sol où les caisses de vieux disques oubliés avaient été reléguées. Pas mal d’amateurs avaient choisi la même destination que la mienne, ce qui me contraria. J’étais fatigué du bruit et du monde.   

 

Le titre de l’album attira aussitôt mon regard : « Silence absolu ». Il s’agissait d’un 33T. Le compositeur m’était inconnu. La sortie de l’album remontait à avant le choc énergétique. La pochette de l’album était intacte, encore sous cellophane. Quand je le pris en main , je compris que je ne pourrais pas sortir du magasin sans l’acheter. Il s’agissait sûrement d’un exemplaire unique. Peu importe son prix, je savais qu’il me fallait l’acquérir. Je remontais au rez-de-chaussée et me frayai un passage pour rejoindre la file des acheteurs. Les gens criaient, jouaient des coudes pour atteindre le comptoir, un objet précieux et rare dans les bras.

 

Après l’avoir payé à la caisse, je partis avec mon précieux bien sous le bras et rentrai chez moi. 

J’étais heureux d’avoir gardé cette vieille platine et d’avoir même trouvé des pièces de rechange. Il était hors de question que je me passe de ce précieux souvenir d’un temps lointain et révolu. 

 

Je descellai délicatement la pochette et en sortis le cercle noir. Je le contemplai comme s’il allait me livrer un secret et le posai sur le tourne-disque. Il faisait chaud et je me levai pour ouvrir la fenêtre. J’habitais au dixième étage d’un immeuble situé en plein centre-ville. Le bruit de la ville en effervescence venait m’agresser et j’en eus la nausée. Je revins à la platine, actionnai le mouvement de rotation et déposai l’aiguille sur le bord du disque. Les baffles crépitèrent une fraction de seconde. 

 

Un silence absolu se fit entendre et pendant un court instant, je me sentis étrangement bien, apaisé. Comme si tout était remis à sa place, que le bruit et la fureur ne pouvaient que se taire face un tel silence, qui appelait à lui le vide et l’évidence. Le silence se fit en moi et je me rendis au bord de la fenêtre restée ouverte. Plus aucun bruit n’émanait de dehors. Intrigué, je regardai en bas. Personne. Comme si tout le monde avait disparu.

 

Les baffLes crépitèrent à nouveau et je me sentis comme soulevé par une force invisible et silencieuse. Plus aucun son ne sortait de ma bouche et je me vis sortir de l’appartement par la fenêtre, comme en apesanteur. Je jetai un oeil au disque qui continuait de tourner sur la platine et vis l’aiguille arriver au bout du sillon. Celle-ci se souleva et le bras revint à sa position initiale. Mon corps redevint lourd et j’eus tout juste le temps de m’agripper au bord de la fenêtre pour ne pas finir dix étages plus bas. 

 

Je compris qu’il y avait des chefs d’œuvre musicaux à écouter la fenêtre fermée et à garder précieusement pour soi, dans un silence absolu. 

 

Laurence Legrand

 

 


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