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Défi d'écriture de l'Avent - Jour 6


J'ai décidé de participer au calendrier de l'avent de l'écriture avec Marie-Adrienne Carrara du blog 'à propos d'écriture'. C'est la deuxième année que je m'y attelle et l'année d'avant, je n'avais pas tenu jusqu'au bout...Cette année, je m'y engage ! et pour me motiver à tenir, je vous partagerai mes textes.


Vous pouvez lire ici le défi d'hier :  Défi de l'avent


Défi du jour 6  : écrire une nouvelle dans le genre policier au sens large du terme (enquête, thriller psychologique, social, noir, historique)

 

Les participants devront intégrer dans leur texte toutes les expressions suivantes :

 

1. se regarder en chien de faïence

2. avoir les yeux de Chimène pour quelqu’un

3. sentir le vent tourner

4. en toucher un mot à quelqu’un

5. faire passer le goût de quelque chose à quelqu’un

 

Image par Mauricio A. de Pixabay 

L’inspecteur se tenait tapi dans l’ombre. Il regardait le couple dîner dans ce restaurant du centre-ville, situé dans une petite ruelle pavée. La nuit était déjà tombée et la seule lumière présente était celle des lampes posées sur chaque tablée dans le restaurant et qui en illuminait la façade. Il attendait qu’ils sortent et se tenait prêt, la main sur son arme de service.

 

Depuis qu’il s’était épris de Magda, il ne pensait plus qu’à elle et en avait perdu l’appétit. C’était arrivé deux mois plus tôt, dans le bureau du commissariat, elle était entrée belle et séduisante. Sa prestance imposait le respect et en même temps, elle semblait si fragile. Il l’avait regardé parler au préposé à l’accueil et repartir presque aussitôt. Mais avant qu’elle ne se retourne vers la porte, leurs regards s’étaient croisés et il avait ressenti un trouble l’envahir. Un coup de foudre. Il en était persuadé, c’était réciproque. Il avait eu envie de se lever et de la retenir mais un de ses collègues s’adressa à lui au même instant pour lui toucher un mot sur un dossier en cours.

 

Il n’avait eu de cesse de chercher à la revoir et attendait avec fébrilité qu’elle réapparaisse au commissariat. Ce qu’elle fit deux jours plus tard. Son coeur battait la chamade et il chercha son regard qu’elle rendit aimablement, un sourire aux lèvres. Oui, il en était sûr, il avait ses chances. Il se leva pour lui proposer une chaise mais elle déclina et se rendit directement dans le bureau du commissaire.

 

Le commissaire était un gars fraîchement promu de la capitale. Il ne l’aimait pas. Il avait lui-même brigué le poste et était en bonne posture pour l’obtenir mais il sentit le vent tourner quand on lui proposa de reprendre une deuxième zone de patrouille sous sa responsabilité. Et puis ce type était arrivé. D’un tempérament entier et sanguin, il n’avait pas pu cacher son désaccord et sa frustration en lui exprimant son mépris. Depuis, dans toutes les réunions, ils se regardaient en chien de faïence et les collègues relayaient les informations de l’un vers l’autre.

 

Il maugréa intérieurement et reprit son travail distraitement, impatient de la voir sortir et curieux aussi de la raison de sa visite.

 

Sa déconvenue et son désespoir furent sans commune mesure lorsqu’il les vit sortir du bureau, bras dessus bras dessous. La femme de son coeur était la femme de ce nouveau commissaire. Il faillit tomber de sa chaise et manqua s’étouffer. Interrogatif, le couple s’arrêta et elle fit mine de vouloir lui porter secours mais le commissaire la tira vers la sortie. Elle regarda le pauvre inspecteur s’étouffer, bientôt secouru par un collègue qui l’aida à se remettre debout et lui apporta un verre d’eau.

 

Haletant, l’inspecteur l’avait regardée sortir du commissariat et n’eut plus qu’un seul objectif : la séduire et ensuite, se débarrasser de son rival.

La semaine suivante, elle se présenta à nouveau au commissariat et il saisit l’occasion pour lui parler. Il prétexta que le commissaire était en réunion importante pour lui proposer de lui faire visiter le commissariat et les annexes. Elle accepta volontiers, enchantée de voir où son mari travaillait et qui était ses collègues. Il se retrouva vite seule avec elle et la guida, heureux de lui raconter son métier. Il était passionné par le métier de policier depuis tout petit. Elle lui souriait et riait à ses blagues. Confiante, elle lui dit son prénom - Magda - et expliqua qu’elle se sentait un peu perdue dans cette ville de province, elle s’y sentait fort seule car Grégoire travaillait beaucoup et ses amies lui manquaient. Heureusement, elle était très occupée avec les préparatifs du mariage. A cette nouvelle, l’inspecteur sentit son coeur se gonfler d’espoir. Il proposa de la ramener chez elle plutôt que de rentrer en taxi en prétextant que c’était dans sa zone de patrouille. Elle accepta avec plaisir. Il la déposa devant chez elle. Il la vit hésiter mais, respectueuse des convenances, elle ne lui proposa pas d’entrer prendre un verre. Elle le remercia pour son temps et sa gentillesse et lui dit que Grégoire avait beaucoup de chance d’avoir quelqu’un comme lui dans son équipe. Il comprit qu’il lui faudrait lui faire passer le goût pour son Grégoire et lui montrer quel homme il était vraiment.

 

Il repassa régulièrement la voir pendant ses heures de service. Elle le laissa rentrer une fois ou deux. Elle lui demandait son avis sur ce qu’elle devait faire pour les préparatifs du mariage, les couleurs, le choix du menu. Mais il se rendit compte avec désespoir qu’elle avait les yeux de Chimène pour son fiancé. Grégoire par-ci, Grégoire par-là. Il n’en pouvait plus, pensait à elle nuit et jour et détestait de plus en plus son chef. Il élaborait mille scénarios dans sa tête pour évincer son rival.

 

La détonation retentit dans tout le quartier. On entendit un corps s’effondrer sur le sol, suivi d’un cri de femme horrifiée, un autre bruit sourd. Des pas qui s’éloignent, une porte qui s’ouvre.

— Appelez une ambulance ! Monsieur le commissaire, ça va aller, tenez-bon ! Madame ! Madame ? Mince, elle a aussi été touchée. C’est pas bon ça.

 

Laurence Legrand 


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