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Défi d'écriture de l'Avent - Jour 23


J'ai décidé de participer au calendrier de l'avent de l'écriture avec Marie-Adrienne Carrara du blog 'à propos d'écriture'. C'est la deuxième année que je m'y attelle et l'année d'avant, je n'avais pas tenu jusqu'au bout...Cette année, je m'y engage ! et pour me motiver à tenir, je vous partagerai mes textes.


Vous pouvez lire ici le défi d'hier :  Défi de l'avent


𝗗𝗲́𝗳𝗶 𝗱𝘂 𝗷𝗼𝘂𝗿 𝟮𝟯 : 𝗹𝗲 𝘁𝗿𝗮𝗶𝗻 𝗮𝘃𝗮𝗶𝘁 𝗱𝗲𝘂𝘅 𝗵𝗲𝘂𝗿𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗿𝗲𝘁𝗮𝗿𝗱

𝗖𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗽𝗵𝗿𝗮𝘀𝗲 𝗽𝗲𝘂𝘁 𝗲̂𝘁𝗿𝗲 𝗹𝗮 𝗽𝗿𝗲𝗺𝗶𝗲̀𝗿𝗲 𝗽𝗵𝗿𝗮𝘀𝗲 𝗱𝗲 𝘃𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗵𝗶𝘀𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲.

𝗠𝗮𝗶𝘀 𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗽𝗲𝘂𝘁 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝗲̂𝘁𝗿𝗲 𝘂𝗻𝗲 𝗽𝗵𝗿𝗮𝘀𝗲 𝗽𝗹𝗮𝗰𝗲́𝗲 𝗲𝗻 𝗽𝗹𝗲𝗶𝗻 𝗺𝗶𝗹𝗶𝗲𝘂 𝗱𝗲 𝘃𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗵𝗶𝘀𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲

… 𝗘𝗧 𝗲𝗻𝗳𝗶𝗻 𝗲̂𝘁𝗿𝗲 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝗹𝗮 𝗱𝗲𝗿𝗻𝗶𝗲̀𝗿𝗲 𝗽𝗵𝗿𝗮𝘀𝗲 𝗱𝗲 𝘃𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗵𝗶𝘀𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲.

 

 

 

 

 

 

 

Image par Ralf Schneider de Pixabay

𝗹𝗲 𝘁𝗿𝗮𝗶𝗻 𝗮𝘃𝗮𝗶𝘁 𝗱𝗲𝘂𝘅 𝗵𝗲𝘂𝗿𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗿𝗲𝘁𝗮𝗿𝗱. Elle l’attendait sur le quai. Consultant l'horloge de la gare toutes les cinq minutes, dans l’espoir de voir les aiguilles avancer plus vite, elle scrutait sans cesse l’horizon. Elle regardait même de l’autre côté comme si par le plus grand des sortilèges, elle allait le voir arriver par un autre train. Ou par la porte des guichets. Qu’il était déjà là et attendait le bon moment pour lui faire la surprise de sa présence. Le temps ne passait pas. D’autres voyageurs attendaient. Des enfants jouaient à chat perché sur le perron et des messieurs en redingote lisaient le journal, tandis que leurs épouses s’occupaient des plus petits et surveillaient les valises. Elle n’avait pas de valise. Elle ne comptait pas prendre ce train mais elle venait accueillir son ami d’enfance, parti combattre deux années plus tôt. Il avait écrit qu’il était démobilisé et rentrait au village. Ils s’étaient écrit pendant ces longs mois et leur lien n’avait fait que se renforcer au fil des lettres. Dans la dernière lettre, il disait qu’il rentrait « à la maison ». Il y avait mis des guillemets. Elle sentait son coeur cogner dans sa poitrine, dans un mélange d’excitation et d’inquiétude.

 

Finalement, une volute de fumée blanche apparut à l’horizon. Elle ne fut pas la seule à la voir, d’autres se levaient déjà et chassaient la poussière de leurs vêtements. La locomotive apparut tirant une dizaine de wagons. Le chef de gare sortit de la salle des guichets, regardant sa montre. Il soupira, l’air dépité. Le train entra en gare, passa devant tous les voyageurs dans le bruit strident de ses freins pour s’immobiliser exactement au bout du quai. Elle regarda les portes de wagons s’ouvrirent et vit l’accompagnateur de train appeler le chef de gare d’une voix qui signifiait que quelque chose s’était passé pendant le voyage. Elle sentit son coeur se serrer et se retourna surprise comme si une main s’était posée sur son épaule. Il n’y avait personne mais elle aurait juré qu’il était là. Tandis que les voyageurs arrivés à destination descendaient du train et que d’autres y montaient, elle attendait de le voir apparaître. Son appréhension montait. S’était-elle trompée de jour ?

 

Finalement, elle vit le chef de gare sortir du wagon et inviter les passagers à monter dans les autres voitures. Il entra dans la gare et en ressort avec deux ouvriers des voies. L’accompagnateur de train apparût portant un homme sous le bras, qui semblait évanoui et les deux hommes l’aidèrent à descendre les marches qui les séparaient du quai. Elle ne reconnut pas son ami tout de suite. Une voix lui murmura à l’oreille d’y aller mais elle restait figée devant la scène. Elle entendit l’accompagnateur de train murmurer « ça va aller, Monsieur, l’ambulance va arriver », tandis qu’il l’étendit sur un des bancs. Elle finit par se rapprocher et vit que c’était lui. Une grosse tache rouge et jaune maculait sa chemise. Tandis qu’elle s’accroupissait et prenait la main de l’homme qu’elle aimait depuis si longtemps sans qu’il ne le sache, elle interrogea du regard l’homme du train. Mais il était déjà remonté dans le train qui annonçait son départ imminent. Le sifflet retentit et les roues se mirent en mouvement.

 

Le chef de gare vint déposer un sac à ses pieds et exprima ses regrets à celle qui tentait de comprendre ce qui s’était passé dans ce train. Un homme en blouse blanche arriva derrière elle et examina le blessé. Il souleva la chemise, découvrit un ancien pansement qu’il souleva et une odeur nauséabonde s’en dégagea. Il fit une moue comme pour dire que c’était pas bon signe. Elle regardait éberluée. Il lui expliqua qu’il devait s’agir d’une blessure par balle mal soignée qui était en train de pourrir. C’est étonnant qu’on l’ait laissé prendre le train dans cet état là. Il avait entendu que maintenant on soignait les blessés sur le front au lieu de les envoyer dans les hôpitaux par des trains bondés et remplis de germes. Il ne savait pas faire grand chose, malheureusement, les réserves de désinfectant étaient épuisées et ils attendaient la prochaine livraison dans les prochains jours. Il lui demanda si elle savait le ramener chez lui, près des siens ce serait mieux que dans un dispensaire. Ses parents étaient décédés quand il était enfant et il avait été élevé par sa grand-mère qui est morte il y a 6 mois. Il n‘avait plus qu’elle.

 

L’infirmier les ramena chez elle, un petit deux pièces à deux pas de la place du village. Ils le sortirent du véhicule, toujours inconscient, et le couchèrent sur le lit. Elle le remercia et il lui souhaita courage. Il passerait s’il avait de quoi aider mais sa voix trahissait qu’il n’y croyait pas vraiment. Elle referma la porte et alla se coucher à côté du malade. Elle le regarda longuement. Les yeux fermés, la respiration à peine perceptible, il gisait inanimé, avec le peu de vie qui semblait vouloir tenir encore. Elle posa sa main sur son torse. Il avait maigri. Il avait souffert, elle pouvait le sentir. Il était rentré pour finir ses jours à ses côtés. Elle comprenait mieux sa dernière lettre. Elle était heureuse qu’il ait choisi de revenir ici. Le soir tomba rapidement et elle resta à veiller toute la nuit, lui humectant les lèvres et le visage avec un linge humide. Elle finit par s’endormir.

 

Le soleil était levé depuis longtemps quand elle ouvrit les yeux. Elle vit une silhouette blanche lui tendre la main, elle se leva et la suivit. Elle sortit sur la place, tous les gens riaient et faisaient la fête. C’était la fin de la guerre, on venait de l’entendre à la radio. Son coeur explosait, la joie se mêlant à la tristesse.

 

Laurence Legrand


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