· 

Le colis (titre provisoire) - naissance d'un roman


Ce texte est le résultat d'un atelier d'écriture qui m'a beaucoup amusé. Je me suis rendu compte qu'avec un bic, un papier et un thème de départ, les idées viennent d'elle-même. Je tire sur un fil et la pelote se déroule..Surtout quand il s'agit de souffrances invisibles que j'ai envie de mettre en lumière pour les libérer. Le texte a été retravaillé après l'atelier puis j'ai décidé de poursuivre l'histoire et d'en faire un roman. Cette version a dépuis encore été remaniée. Ici cela vous donne une idée de mon style. Ce couple me touche beaucoup et vit véritablement en moi. Ils évoluent au fil de mon écriture et se sont étoffés en faisant plus ample connaissance avec eux. J'ai hâte que vous les découvriez à votre tour.


PREMIER JOUR EN DECEMBRE

 

ELLE

 

Dans un demi-sommeil, elle entendit la machine à café vibrer et déverser son eau.

L’odeur se répandait encore quand la porte d’entrée claqua.

Alors, elle se leva.

Elle mit son peignoir, descendit et entra dans la cuisine.

Personne.

La tasse de café toujours sur la machine à café, elle prit la tasse pour se réchauffer et la porta à ses lèvres.

Dehors, la neige tombait et recouvrait tout.

Pas un bruit.

Juste le moteur d’une voiture qui s’éloignait.

 

Assise à la table de la cuisine, la tasse de café qui lui réchauffait les mains, elle resta de longues minutes perdue dans ses pensées. Elle se dit qu’elle était mieux ici que dehors et pensa à lui. Elle vit qu’il avait oublié le câble de son gsm sur la table. 

 

Deux mois plus tôt, ils avaient emménagé dans la maison. Elle était à l’écart du village, au calme, pas trop grande,  et meublée, ce qui leur avait immédiatement plu et les arrangeait bien car ils avaient très peu de choses. Elle était vide depuis plusieurs mois malgré un loyer plutôt bas.

La propriétaire expliqua avoir dû faire des travaux de rafraichissement qui avaient pris plus de temps que prévu. C’était une maison ancienne construite au début du 20ème siècle, et on entrait directement dans le salon où, devant une cheminée en pierre du pays, trônait un grand canapé un peu amorti en velours côtelé qui avait dû être bordeaux et tirait plus sur le vieux rose maintenant. Les ressorts étaient un peu usés et on s’y enfonçait comme pour ne plus en sortir. Contre le mur arrière, du côté gauche de la cheminée, il avait installé son ordinateur sur une table faisant office de bureau.  La cuisine, simple et fonctionnelle, était située à gauche en entrant et on y mangeait sur une table en bois peinte en blanc. Les quatre chaises disparates avaient été récupérées ici et là. Un vieil escalier en bois, faisant dos au canapé, montait tout droit vers l’étage où on trouvait deux chambres - une de chaque côté du couloir - et la petite salle de bain au milieu. Ils dormaient dans la plus grande où la propriétaire venait d’installer un nouveau lit. De l’autre côté du couloir, se trouvait la deuxième chambre, plus petite. Pendant la visite, elle n’avait fait qu’entrouvrir la porte de la deuxième chambre qui  avait été repeinte et n’était pas meublée mais on voyait en dessous de la peinture que cela avait dû être une chambre d’enfant. Elle n’y était plus jamais allée. 


LUI

 

Il lui restait un dernier colis à livrer avant de rentrer. Il n‘était pas sur la liste et le code-barre était manquant. Alors, il le prit sur le siège avant et encoda manuellement l’adresse dans le GPS.

Mais le message « adresse introuvable » apparut.

Il encoda une deuxième fois l’adresse, essaya une troisième. Sans résultat.

crédit photo : Alexa on pixabay

 

En pleine campagne, son gsm ne captait pas le réseau et était presque plat. Il ne trouva pas le câble pour le recharger. Il avait dû l’oublier sur la table de la cuisine, ce qui n’était pas dans ses habitudes.

Personne à interroger - il n’y avait personne dans cette maison isolée où il venait d’avoir déposé un colis devant la grille - et pas de plan des routes évidemment, le digital ayant remplacé le papier depuis longtemps.

 

 

Assis dans sa fourgonnette, au milieu de nulle part, le regard scrutant l’horizon à la recherche d’une inspiration, il démarra en trombe, oubliant que ça glissait. Il redressa tout juste mais ne vit pas qu’une famille de canards traversait la route devant lui…


EUX

 

Elle ne l’attendait pas si tôt.

— Te voilà !? Comment s’est passé ta journée ? »

Il avait les yeux rougis.

— Je n’ai pas pu livrer mon dernier colis - adresse inconnue

— Ah ! C’est embêtant, ça. 

Il ne répondit rien. A son regard, elle vit qu’il n’avait pas envie d’en parler.

— Toute cette neige.. les routes sont glissantes sûrement..

— …

— Il s’est passé quelque chose ? Tu pleures, on dirait ..

— Mais non !  

Il prit conscience que les larmes coulaient sur ses joues. 

— J’ai fait quelque chose d’horrible aujourd’hui (le visage caché dans les mains)

— Ah !

Elle n’était pas sûre de vouloir savoir.

Le feu dans la cheminée était en train de s’éteindre.

— La soupe est chaude, tu as faim ?

Il ne répondit pas et sortit, comme s’il n’avait pas entendu la question. 

 

Il revint quelques instants plus tard avec quelques bûches et un paquet. 

La boîte en carton était carrée, environ 30 cm de côté. Il entra dans la cuisine et la déposa sur la table, puis alla mettre une bûche dans la cheminée. Il pouvait rester longtemps devant le feu, comme fasciné.

 

De la cuisine, elle lui demanda: 

— Tu vas faire comment pour ce colis ?

— Je vais appeler le dépôt demain pour qu’il vérifie, il n’est pas enregistré dans le système

— Espérons que ce colis n’était pas urgent, c’est bientôt Noël

— Oui, on verra

— Tu veux manger ? 

— Oui, j’arrive

Et il la rejoignit dans la cuisine.

Elle servit la soupe dans des bols, mit le pain et le beurre sur la table. 

 

Le colis était toujours sur la table, comme s’il attendait qu’on décide de son sort. 

Le repas se termina dans le silence. Ils n’étaient pas très doués pour parler. 

Elle ne savait pas pourquoi mais ce colis sur la table la crispait, elle imaginait que le destinataire l’attendait impatiemment et serait fâché de ne pas le recevoir à temps. En même temps, elle se disait qu’il se passait enfin quelque chose, elle était intriguée et sentait un peu d’excitation en elle. Ça ne lui était plus arrivée depuis longtemps.

— Je me demande ce qu’il y a dans ce colis.. c’est la première fois que tu ne trouves pas l’adresse de livraison.

— Mmmh… oui, c’est bizarre. Et je me demande d’où il sort ce colis, je ne me souviens même pas de l’avoir chargé dans la camionnette. 

— Ah bon ? Comment ça ?

— Oui, je ne sais pas, je te dis !

Il commençait à s’énerver. 

Elle se tut. 

Mieux valait ne pas insister.

 

Il se leva et alla remuer les braises dans la cheminée, puis ajouter une autre bûche. Il resta longuement accroupi devant le feu à regarder danser les flammes, les pensées s’entrechoquant dans sa tête. Il repassait la scène de cet après-midi devant ses yeux et se demandait pourquoi il était si bouleversé. 

 

Elle était venue s’asseoir dans le canapé derrière lui. Le soir était tombé entretemps et seul le lampadaire était allumé. Le salon était dans la pénombre, illuminé par les flammes de la cheminée. Elle plia ses jambes sous elle et s’emmitoufla dans la couverture rouge cramoisi qui venait de chez sa maman.

 

Elle le regardait et percevait en lui un combat intérieur. Il semblait tourmenté. 

La soirée fit long feu. Il monta dormir tôt, sans un mot. 

Elle attendit que le feu s’éteigne pour monter à son tour. 

Dans le lit, elle se blottit contre son dos. Il se retourna et la serra dans ses bras. Tendrement.


cette histoire vous plait ? vous avez envie de connaître la suite ? Je serais vraiment heureuse d'avoir votre commentaire ci-dessous :


Cette histoire-ci vous plaira peut-être aussi : Reste, personne ne t'attend

Commentaires: 0